Une démarche créative singulière

Ma démarche est comme un arbre : des branches se déploient dans différentes directions, à partir d’une origine commune, un tronc cohérent. Les racines solides permettent aux feuilles de s’épanouir, vers le ciel et la liberté. Comme elles, les idées se renouvellent, en se souvenant d’où elles viennent.

démarche créative
À l'atelier - photo Emmanuelle Mayer

La matière au cœur

Claire Salin

le geste comme vocation

Je suis Claire Salin. J’ai appris le métier de sculpteur sur bois à l’école Boulle.

Il y a quelques années, un ami menuisier me disait qu’il était convaincu que l’on était façonné par le métier que l’on a appris. Il pouvait faire de la charpente, il savait faire et il en faisait régulièrement. Mais il ferait toujours de la charpente à la manière d’un menuisier, car c’est ainsi qu’il a appris, qu’il est entré dans le métier.

Cette réflexion a fait écho en moi, cela m’a paru très juste. J’ai alors compris pourquoi je sentais toujours un décalage entre mes meubles et ceux de mes confrères ébénistes, entre ma manière de travailler la laine et celle de mes consœurs créatrices textiles.

Je reste sculpteur, même lorsque je fabrique des meubles ou que je tricote la laine.

Le bois, la laine. Des matières vivantes

Je sélectionne moi-même mes matières, dès leur origine, pour leur essence vivante et leur singularité. Cela me permet de les comprendre, de m’en inspirer pour préserver leur souffle de vie jusqu’à l’objet final, que ce soit un meuble ou une sculpture.

Récolter la laine quand elle est encore toison

Les parties textiles de mes créations sont constituées de pure laine de France. Les toisons proviennent de fermes à taille humaine proches de chez moi, où les moutons sont élevés dans de bonnes conditions et en plein air. Je les tonds moi-même. Lorsqu’une couleur manque à mon panel, je fais appel à d’autres acteurs de la filière laine française. En effet, les races de moutons, et donc les textures et couleurs de laine sont différentes suivant les régions.

récolte de la laine

Le bois des arbres

Les bois proviennent des forêts et des haies des alentours de l’atelier, où je les choisis avec respect. Elles regorgent d’une variété d’essences : chêne, frêne, noyer, érable, cerisier, pommier, poirier… nombre de ces essences sont aujourd’hui délaissées, car elles ne répondent pas aux standards de l’industrie. Je prends le temps de les dénicher et de partager avec vous leur caractère chaleureux, leur nature rustique.

Chacune a ses couleurs et  textures propres, et j’adore tirer parti de cette biodiversité. Les associer, pour jouer d’harmonies ou de contrastes.

Mes créations sont alors à l’image de ce qui se passe dans les haies, où tout est lié, des plus grands arbres jusqu’aux petites herbes croquées par les moutons.

Depuis toujours, le geste est pour moi un moyen d’expression et de réflexion.

Et dès le début, le bois et la laine sont présents.
J’ai passé une bonne partie de mon enfance dans l’atelier de mon grand-père. Il y fabriquait des meubles, et je passais mes journées à ses côtés. Des heures écoulées à manipuler les chutes de bois, à plonger mes mains dans les sacs de copeaux odorants, à caresser la fine poussière de ponçage des planchettes qu’il laissait à ma disposition.
Mon enfance est aussi marquée par le travail du fil, quand, très tôt, ma mère et ma grand-mère me font découvrir le tricot, la couture, la broderie, la dentelle…

Peu à peu, je m’empare des outils. Des ciseaux comme des aiguilles.
Mon imaginaire et ma réflexion s’éveillent, en passant par mes mains.

bois et laine

Les savoir-faire

savoir-faires
L’établi de sculpture a la meilleure place de l’atelier : face à une grande fenêtre au nord, pour avoir une lumière douce et régulière - photo Emmanuelle Mayer

sculpture et ébénisterie

L’établi de sculpture a la meilleure place de l’atelier : face à une grande fenêtre au nord, pour avoir une lumière douce et régulière. Le bois y est finement taillé à la main, avec les gouges traditionnelles.

Les meubles sont fabriqués dans les règles de l’art de la menuiserie et de l’ébénisterie, en pièces uniques ou toutes petites séries. Le travail aux machines alterne avec l’utilisation des outils manuels. Avec le choix des bois, ils contribuent à donner à chaque meuble son caractère singulier.

de la toison au textile

Pour les sculptures et les tableaux, je transforme moi-même les toisons en fil ou en feutre, au moyen de techniques manuelles ancestrales. Je file au rouet et feutre à la main. Cela me permet de produire des textiles uniques, au caractère aussi fort que les toisons dont ils sont issus.

Pour le mobilier, j’ai besoin que mon fil réponde à un cahier des charges précis pour garantir sa durabilité. En collaboration avec une filature creusoise, je produis un fil adapté à cet usage.

Le tricotage est réalisé pièce par pièce, aux aiguilles, (fabriquées spécialement!), par mes soins.

Depuis 2020, je tonds moi-même les moutons. Mon temps de l’année est donc partagé, au rythme des saisons, entre la tonte, allant de ferme en ferme, pendant le printemps et l’été, et l’atelier, pendant l’automne et l’hiver. Grâce à la tonte, j’approfondis chaque jour ma compréhension de la matière laine, de l’incidence des modes d’élevage sur ses caractéristiques.

Sur le plan créatif, j’ai renoué avec un rythme naturel, celui des saisons, de la lumière. Revenir à l’atelier après plusieurs mois en compagnie des moutons et de leurs éleveurs ouvre une page blanche dans mon imaginaire. Les pièces créées s’enrichissent de nouvelles idées. J’aime à croire que les brebis me les ont inspirées.

Depuis toujours, le geste est pour moi un moyen d’expression et de réflexion.

Et dès le début, le bois et la laine sont présents.
J’ai passé une bonne partie de mon enfance dans l’atelier de mon grand-père. Il y fabriquait des meubles, et je passais mes journées à ses côtés. Des heures écoulées à manipuler les chutes de bois, à plonger mes mains dans les sacs de copeaux odorants, à caresser la fine poussière de ponçage des planchettes qu’il laissait à ma disposition.
Mon enfance est aussi marquée par le travail du fil, quand, très tôt, ma mère et ma grand-mère me font découvrir le tricot, la couture, la broderie, la dentelle…

Peu à peu, je m’empare des outils. Des ciseaux comme des aiguilles.
Mon imaginaire et ma réflexion s’éveillent, en passant par mes mains.

bois et laine

collaborations

Dans les fermes, les éleveurs

Pour avoir un beau textile, il faut une belle laine au départ ! Et pour avoir une belle laine, il faut des animaux élevés dans de bonnes conditions. Les premiers partenaires sont donc les éleveurs soucieux de la santé et du bien-être de leurs animaux.

Ensuite, la laverie spécialisée, en Haute-Loire, et la filature, en Creuse, sont des alliés précieux pour sublimer ces nobles bouclettes de laine.

Dans les haies et les bois

Pour la récolte des bois, je collabore avec les agriculteurs, élagueurs, paysagistes locaux. Ils savent quelles essences m’intéressent, et me préviennent lorsque leurs clients leur demandent d’abattre de beaux spécimens. Les arbres sont conduits encore verts à la scierie de Tronçais pour la première transformation en planches. Chaque grume est différente, et le scieur possède un savoir-faire unique et précieux : il sait « lire » le bois à travers l’écorce. Ainsi le sciage est adapté et sur-mesure.

Ensuite, les planches sèchent tranquillement, pendant plusieurs années. Je n’invente rien, je renoue simplement avec ce que l’on faisait autrefois, quand l’humain suivait encore les rythmes de la nature.